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Les dépenses en culture de l’administration publique québécoise en 2023-2024

Par Sylvie Marceau, Observatoire de la culture et des communications du Québec
Diffusion : 24 mars 2026

En 2023-2024, les dépenses totales en culture de l’administration publique québécoise s’élèvent à 3 G$ et constituent, pour la première fois, 2 % des dépenses totales du gouvernement du Québec (151 G$). Il s’agit d’une hausse de 22 % des dépenses en culture par rapport à 2022-2023, attribuable notamment à une augmentation de 57 % des dépenses fiscales (les crédits d’impôt remboursables accordés par le gouvernement du Québec).

Les dépenses en culture de l’administration publique québécoise incluent des dépenses directes internes et externes des ministères, des organismes, des commissions, des conseils, des fonds spéciaux et des entreprises publiques du gouvernement du Québec qui contribuent à différents domaines des arts et de la culture au Québec, ainsi que des dépenses fiscales qui ciblent certains domaines des arts et de la culture.

Les résultats présentés dans cette page sont tirés de l’Enquête sur les dépenses de l’administration publique québécoise au titre de la culture.

Nouveau sommet pour les dépenses de l’administration publique

En 2023-2024, les dépenses totales de l’administration publique québécoise au titre de la culture s’élèvent à 3 G$. Ce montant représente 2 % des dépenses totales du gouvernement du Québec (1,68 % en 2022-2023) et dépasse ainsi le taux record de la première année de la pandémie (1,85 %), quand le gouvernement avait offert des sommes inégalées pour soutenir la culture.

Ces dépenses totales représentent aussi 348 $ par habitant, ce qui constitue une hausse par rapport à 2022-2023 (288 $).

Graphique

Hausse des dépenses en dollars constants

Entre 2019-2020 et 2023-2024, les dépenses totales en culture des administrations publiques québécoises ont augmenté de 61 % en dollars courants, mais de 38 % en dollars constants (veuillez consulter l'explication des effets possibles de l'inflation sur les dépenses dans les notes méthodologiques).

La hausse des dépenses sur cette période est initialement attribuable à la hausse des dépenses externes en 2020-2021. Au cours des deux années subséquentes, entre 2020-2021 et 2022-2023, il y a eu une hausse de 4,5 % des dépenses totales en dollars courants, mais une baisse de 3,7 % en dollars constants. Malgré le recul en dollars constants, les dépenses demeurent plus élevées sur ces périodes qu’avant la pandémie. Par rapport à 2022-2023, les dépenses ont augmenté de 22 % en dollars courants et de 17 % en dollars constants, ce qui découle principalement de la hausse des dépenses fiscales.

La part des dépenses en culture dans les dépenses totales du gouvernement du Québec reflète la place de la culture dans l’ensemble des activités gouvernementales. Examiner leur évolution en dollars constants permet de relativiser ces dépenses en retirant l’effet de l’inflation pour en montrer la valeur réelle. Il est ainsi possible de déterminer si une hausse observée des dépenses signifie une hausse des efforts réels et du soutien à la culture en ce qui concerne le pouvoir d’achat des sommes déboursées.

Hausse des dépenses internes et fiscales

Les dépenses fiscales, qui correspondent aux dépenses relatives aux crédits d’impôt remboursables en culture, ont grimpé à un niveau jamais vu en 2023-2024 pour atteindre 1 343 M$, soit une hausse de 57 % par rapport à 2022-2023. Ce montant représente 44 % des dépenses totales en culture du gouvernement du Québec en 2023-2024, alors que c’était environ le tiers en 2022-2023.

Les dépenses internes de fonctionnement – qui incluent notamment les salaires et traitements ainsi que les achats de biens et services au sein de l’administration publique québécoise, mais excluent les dépenses de biens dont la vie utile est supérieure à un an – ont augmenté pour une quatrième année de suite. Elles atteignent encore un sommet historique et s’élèvent à 591 M$, comparativement à 513 M$ en 2022-2023 (+ 15 %). Les dépenses internes d’investissement ont aussi augmenté pour une quatrième année, passant de 81 M$ en 2022-2023 à 94 M$ en 2023-2024 (+ 17 %).

Les dépenses externes de fonctionnement – qui incluent les subventions, contributions et transferts accordés aux particuliers et particulières, aux associations, aux entreprises et aux administrations municipales, qui ne sont pas destinés au développement ou à l’acquisition de capital, mais qui sont décrites comme étant courantes – sont stables en 2023-2024 (+ 0,3 % par rapport à 2022-2023), après deux années de recul. Elles demeurent toutefois plus élevées qu’avant la pandémie (491 M$ en 2019-2020). Les dépenses externes d’investissement ont quant à elles diminué (271 M$ en 2023-2024 c. 295 M$ en 2022-2023, − 8 %), mais demeurent plus élevées qu’avant la pandémie (213 M$ en 2019-2020).

Dépenses selon les domaines culturels

Lorsque l’on tient compte de l’ensemble des dépenses (directes et fiscales), les parts des dépenses totales pour les domaines Cinéma et audiovisuel (31 %), Multimédia (14 %) et Bibliothèques (11 %) sont les plus importantes. Ensemble, ces trois domaines comptent pour plus de la moitié (56 %) des dépenses totales en culture en 2023-2024.

Si on regarde seulement les dépenses directes, les domaines culturels où l’on observe les dépenses les plus importantes sont :

  • Bibliothèques (20 % des dépenses directes totales en 2023-2024, 19 % en 2022-2023);
  • Patrimoine, institutions muséales et archives (16 % des dépenses directes totales en 2023-2024 et en 2022-2023);
  • Arts de la scène (13 % des dépenses directes totales en 2023-2024, 15 % en 2022-2023).

Ces trois domaines comptent pour la moitié des dépenses directes en culture en 2023-2024.

Catégories de dépenses par domaine culturel

Le poids relatif de chaque catégorie de dépenses varie considérablement d’un domaine à l’autre. Les dépenses des domaines Arts visuels, métiers d’arts et arts médiatiques et Activités multidisciplinaires comportent presque uniquement des dépenses externes en 2023-2024 (respectivement 99 % et 97 % des dépenses totales c. 98 % et 97 % en 2022-2023).

Les dépenses internes constituent quant à elles la plus grande part des dépenses totales en 2023-2024 dans les domaines Enseignement des arts (95 % c. 78 % en 2022-2023) et Langue française (82 % c. 68 % en 2022-2023). Dans ces deux cas, la part des dépenses internes est plus élevée en 2023-2024 qu’en 2022-2023 et s’explique par une hausse des dépenses internes et une baisse des dépenses externes.

Enfin, les dépenses fiscales constituent toujours la part la plus importante des dépenses pour les domaines Multimédia (99 % en 2023-2024) et Architecture et design (93 % en 2023-2024 c. 85 % en 2022-2023). Ces dépenses sont aussi très importantes pour le domaine Cinéma et audiovisuel (89 % en 2023-2024 c. 76 % en 2022-2023), où cette part est la plus élevée depuis 2019-2020 (90 %).

Évolution des dépenses directes selon le domaine culturel

En 2020-2021, les hausses des dépenses dans plusieurs domaines, principalement attribuables aux mesures de soutien associées à la situation pandémique, avaient contribué à une augmentation importante des dépenses directes totales. Pour certains de ces domaines comptant des hausses importantes en 2020-2021, on observe que les dépenses directes demeurent élevées en 2023-2024 par rapport à la situation prépandémique.

Les dépenses dans les domaines Enregistrement sonore et Activités multidisciplinaires sont plus élevées en 2023-2024 qu’en 2022-2023 (+ 17 % et + 52 %, respectivement) et qu’avant la pandémie (+ 190 % et + 91 %, respectivement).

Malgré les reculs observés en 2023-2024 des dépenses directes dans les domaines Cinéma et audiovisuel et Arts de la scène comparativement à 2022-2023 (− 31 % et − 5 %, respectivement), les dépenses demeurent plus élevées que la moyenne de 2017-2018 à 2019-2020 (+144 % et + 22 %).

Les dépenses du domaine Langue française, qui avaient plus que doublé en 2020-2021 (+ 116 % par rapport à 2019-2020) en raison de la mise en œuvre du plan d’action pour la défense et la valorisation du français, demeurent élevées en 2023-2024 (+ 140 % par rapport à la moyenne de 2017-2018 à 2019-2020).

Évolution des dépenses fiscales selon le domaine culturel

La part la plus importante de la hausse des dépenses de l’administration publique québécoise en culture en 2023-2024 (+ 558 M$) est attribuable à une augmentation des dépenses fiscales pour le domaine Cinéma et audiovisuel (+ 373 M$, + 78 %), dont un montant supplémentaire de 304 M$ associé aux crédits d’impôt remboursables pour les services de production cinématographique.

L’évolution des dépenses fiscales au titre des services de production reflète la progression du volume des services de production depuis plusieurs années, tel qu’on peut l’observer dans les données du Profil de l’industrie audiovisuelle au Québec. La flambée de ces dépenses en 2023-2024 est aussi tributaire du rattrapage postpandémie des productions qui avaient été interrompues ou reportées à cause de la pandémie de COVID-19. L’effet se manifeste dans les dépenses fiscales de 2023-2024, et non dans celles de 2021-2022 ou 2022-2023, parce que le délai entre la production et la demande finale du crédit d’impôt peut dépasser un an. Les dépenses fiscales associées au domaine Multimédia contribuent aussi à cette augmentation avec une hausse de 80 M$ (+ 24 %).

Dépenses directes en culture selon les régions administratives

Les régions de Montréal et de la Capitale-Nationale reçoivent la plus grande part des dépenses directes en culture. En 2023-2024, 75 % des dépenses directes pour la culture ont été effectuées dans ces deux régions, soit respectivement 52 % (880 M$) et 23 % (392 M$) du montant total injecté dans l’ensemble du Québec.

La part des dépenses directes effectuées dans les autres régions se situe entre 0,2 % (3,1 M$, Nord-du-Québec) et 4,5 % (76 M$, Montérégie).

Hausse des dépenses directes en culture dans la plupart des régions administratives

Les dépenses directes en culture ont augmenté dans 13 régions administratives en 2023-2024, alors qu’elles ont diminué dans quatre régions.

La plus forte augmentation en proportion entre 2023-2024 et 2022-2023 est observée dans la région du Nord-du-Québec (+ 39 %). La diminution la plus importante est quant à elle observée dans la région du Centre-du-Québec (− 16 %). Notons que cette région figurait parmi les régions où les augmentations avaient été les plus importantes en 2022-2023.

Graphique

Les dépenses dans toutes les régions administratives sont plus élevées en 2023-2024 qu’avant la pandémie. L’augmentation observée par rapport aux dépenses moyennes de 2017-2018 à 2019-2020 varie beaucoup selon les régions : elle est de 22 % en Mauricie et atteint jusqu’à 85 % à Laval. La variation des dépenses hors Québec présente quant à elle une baisse (− 17 %).

L’aide financière constitue la plus grande part des dépenses directes en culture dans presque toutes les régions administratives

Pour toutes les régions, à l’exception de celle de la Capitale-Nationale, les sommes engagées par l’administration publique en 2023-2024 sont principalement des dépenses externes. Les régions où les dépenses externes sont proportionnellement les plus importantes en 2023-2024 sont le Nord-du-Québec (90 %), Lanaudière (80 %) et l’Estrie (79 %).

Dans la Capitale-Nationale, une plus grande part des dépenses directes en culture (66 %) est consacrée aux dépenses internes. Cette situation est due à la présence dans cette région de grandes institutions culturelles (Musée de la civilisation, Musée national des beaux-arts du Québec, Société du Grand théâtre de Québec, etc.) et de bureaux d’organismes gouvernementaux (ministère de la Culture et des Communications, Centre de conservation du Québec, Conseil des arts et des lettres du Québec, etc.) dont l’action couvre l’ensemble du territoire québécois. Par ailleurs, les institutions et organismes de la Capitale-Nationale comptent pour plus du tiers (38 %, soit 260 M$) des dépenses internes en culture.

Les dépenses internes dans la région de Montréal sont aussi très élevées (312 M$, 46 % des dépenses internes dans l’ensemble du Québec). Cela s’explique par le fait qu’on y trouve également d’importantes institutions culturelles et sociétés d’État comme la Société de développement des entreprises culturelles, le Musée d’art contemporain, la Place des arts, etc. Toutefois, les dépenses externes y sont encore plus importantes (568 M$), car la région compte une grande concentration d’artistes, d’organismes et d’entreprises culturels.

Différences importantes dans les dépenses directes par habitant d’une région à l’autre

En 2023-2024, l’administration publique québécoise a consacré 494,56 $ au titre de la culture par habitant dans la région de la Capitale-Nationale et 417,33 $ dans la région de Montréal. Dans les autres régions, cette dépense oscille entre 43,72 $ (Laval) et 212,63 $ (Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine) par habitant.

Notes méthodologiques

L’Enquête sur les dépenses de l’administration publique québécoise au titre de la culture est menée chaque année auprès des ministères, des organismes, des commissions, des conseils, des fonds spéciaux et des entreprises publiques qui contribuent à différents domaines des arts et de la culture au Québec. Pour l’exercice financier 2023-2024, 31 ministères et organismes ont déclaré avoir effectué des dépenses dans l’un ou l’autre des domaines culturels étudiés par l’Observatoire de la culture et des communications de l’Institut de la statistique du Québec.

Pour des explications complètes sur les concepts et les définitions de l’enquête, consulter la page Note méthodologique.

Effets possibles de l’inflation sur les dépenses

L’indice des prix à la consommation (IPC) est souvent utilisé pour convertir des valeurs en dollars courants en dollars constants. Cet indice est conçu pour ajuster la valeur des dépenses et des revenus des ménages en se basant sur un panier représentatif de produits de consommation. Or, le « panier » des administrations publiques n’est pas comparable à celui des ménages et il n’y a pas d’indice ou d’ensemble d’indices adéquats pour dégonfler spécifiquement les dépenses publiques en culture.  

Une autre option consiste à utiliser des indices implicites de prix (IIP) du produit intérieur brut (PIB) et c’est ce qui est utilisé ici. Les IIP sont des sous-produits de la procédure de calcul du PIB réel. On peut utiliser les IIP pour les dépenses des administrations publiques, mais l’indice est disponible seulement à un haut niveau d’agrégation et manque de spécificité par rapport au secteur à l’étude. Toutefois, utiliser l’IIP est intéressant quand on considère que les revenus du gouvernement sont davantage alignés sur l’ensemble de l’activité économique et pas seulement sur les dépenses des ménages. Comme dans le cas de l’IPC, les IIP ne sont pas bien adaptés pour dégonfler spécifiquement les dépenses publiques en culture. Ainsi, les comparaisons sont présentées à titre informatif. Pour plus de détails concernant cet indicateur, voir la note de calcul à la fin du bulletin Optique culture no 103 : Les dépenses en culture de l’administration publique québécoise en 2022-2023 (PDF).

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