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    La surmortalité : un indicateur pour comparer les conséquences de la pandémie

    Diffusion : 20 janvier 2022
    Mise à jour : 17 février 2022

    D’après un texte paru le 8 décembre 2021 dans le Bilan démographique 2021 – Chapitre 3 (PDF, 2,4 Mo)

    Qu’est-ce que la surmortalité?

    Au début de la pandémie, on a rapidement constaté que les enjeux liés au dépistage de la COVID19 pouvaient nuire à la comparabilité des situations observées d’un endroit à l’autre. L’analyse de l’excès de mortalité, ou surmortalité, s’est alors imposée comme une approche permettant de meilleures comparaisons (ONS, 2020 ; Kontis et coll., 2020).

    En comparant le nombre total de décès observés lors d’une période de crise à celui auquel on aurait pu s’attendre normalement, le calcul de la surmortalité permet d’estimer l’effet net de cette crise sur la mortalité. L’analyse de la surmortalité ne remplace pas complètement l’examen des données de causes de décès si elles sont disponibles, mais elle s’avère pertinente en raison de la causalité parfois imprécise, multiple ou inconnue des décès.

    Le résultat de ce type d’analyse doit être interprété comme le bilan net de l’ensemble des conséquences de la pandémie sur les décès, y compris l’effet direct (mortalité due à la COVID19) et les effets indirects, qu’ils soient positifs ou négatifs (baisse de la mortalité due à certaines causes, hausse de la mortalité due à d’autres causes en raison, par exemple, du délestage ou de l’isolement, effets compensatoires liés au devancement de certains décès, etc.). D’autres facteurs indépendants de la pandémie peuvent également expliquer certains épisodes de surmortalité durant la même période, par exemple une canicule.

    La surmortalité au Québec en 2020 et 2021

    Dans un rapport réalisé par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) en collaboration avec l’ISQ, la surmortalité au Québec au cours de l’année 2020 est mesurée et comparée aux décès liés à la COVID19 (INSPQ, 2021).

    On estime que le nombre de décès observés du 23 février 2020 au 2 janvier 2021, soit une période d’environ 10 mois, a été de 9 % plus élevé qu’attendu. Lors de la première vague (du 22 mars au 27 juin 2020), la surmortalité a été de 25 %, et a atteint 57 % lors du pic de la semaine du 26 avril au 2 mai. La surmortalité globale est estimée à 6 % lors de la deuxième vague (du 13 septembre 2020 au 2 janvier 2021).

    En 2021, après un début d’année encore touché par la surmortalité liée à la deuxième vague, une situation de légère sous-mortalité a été observée au Québec jusqu’à la mi-année environ. Cette sous-mortalité a surtout été observée dans les régions les plus fortement touchées par la première vague, soit Montréal et Laval , ce qui suggère qu’un phénomène de déplacement des décès (effet de moisson) a pu s’opérer. L’effet protecteur de certaines mesures sanitaires a pu également avoir un effet, notamment sur l’absence de mortalité liée à la grippe. Les données provisoires du deuxième semestre de 2021 suggèrent le retour à une mortalité proche des niveaux normalement attendus.

    Au Québec, comme ce fut aussi généralement le cas ailleurs dans le monde, les épisodes de surmortalité ont coïncidé avec les hausses de décès liés à la COVID‑19 (voir Bilan démographique 2021 – page 62 (PDF, 2,4 Mo). Dans la plupart des pays, la surmortalité s’avère plus élevée que le nombre de décès attribués à la COVID‑19, parfois par une très forte marge en raison des difficultés liées au dépistage (Karlinsky et Kobak, 2021).

    Pour l’ensemble de la période visée par l’étude de l’INSPQ, la surmortalité au Québec représente 5 400 décès de plus qu’attendu, alors que le nombre de décès liés à la COVID19 s’élève à 8 489. Notons également que l’écart relatif entre les deux indicateurs est plus prononcé aux âges avancés et lors de la deuxième vague. Dans un contexte où les décès liés à la COVID-19 sont efficacement recensés, il est attendu que la surmortalité soit inférieure au nombre de décès attribués à la COVID19, car ces derniers ne contribuent pas tous à la surmortalité en raison notamment de deux facteurs :

    • L’attribution de la cause du décès à une maladie infectieuse parmi les personnes âgées avec plusieurs comorbidités est très complexe et il est possible que, chez certaines personnes très vulnérables, la COVID19 n’ait pas été la cause directe ou contributive du décès.
    • Certaines personnes vulnérables ont pu avoir leur décès devancé par la COVID-19, lors de la première vague, diminuant ainsi le nombre de personnes à risque à l’automne (effet de moisson)  (INSPQ, 2021).

    Une surmortalité inférieure au nombre de décès attribués à la COVID-19 a été observée dans d’autres États (France, Belgique et Allemagne, notamment), mais c’est plutôt la situation inverse qui s’est produite dans la plupart des régions du monde, notamment dans le reste de l’Amérique du Nord. Les comparaisons internationales qui se basent sur la surmortalité sont donc susceptibles de donner un classement des pays différent de celui obtenu à partir de comparaisons basées sur les décès attribués à la COVID-19.

    La surmortalité dans le reste du Canada et aux ÉtatsUnis

    Afin de mettre en perspective la surmortalité observée ici, les résultats pour le Québec peuvent être comparés aux estimations équivalentes pour le reste du Canada (Statistique Canada, 2022) et les États-Unis (NCHS, 2022). À l'intérieur des frontières canadiennes, on constate que la première vague a frappé plus fortement le Québec, mais que la surmortalité s’y est ensuite maintenue à un niveau généralement plus faible que dans les autres régions du Canada, à l'exception des provinces de l'Atlantique, où la surmortalité est restée très faible. Notons toutefois que certaines régions des États-Unis ont connu des premières vagues beaucoup plus fortes que le Québec, notamment l’État et la ville de New York, le New Jersey, le Connecticut et le Massachusetts. Pris globalement, le Nord-Est américain a enregistré un sommet de surmortalité (147 %) près de trois fois plus élevé que celui du Québec (57 %) lors de la première vague.

    Au cumul, depuis le début de la pandémie, le bilan de surmortalité des États-Unis est largement supérieur à celui du Québec. Celui du reste du Canada, initialement inférieur à celui du Québec, s’en est progressivement rapproché. Pour la période comprise entre le 1er mars 2020 et le 28 août 2021, soit environ 18 mois, le nombre de décès observés a été de 3,7 % plus élevé que le nombre attendu au Québec, alors que la proportion s’élève à 4,7 %[1] pour le reste du Canada, et à 16,8 % pour les États-Unis (selon les données au 6 décembre 2021).

    S’il est clair que la surmortalité aux États-Unis a été plus élevée qu’au Québec, et ce, par une très large marge, il faudra davantage de données pour déterminer si l’écart entre le Québec et le reste du Canada est significatif. Soulignons que le bilan net du Québec après 18 mois de pandémie est plus favorable qu’après 10 mois (9 %) en raison de la surmortalité nulle ou négative observée depuis le mois de février 2021.

    Ailleurs dans le monde

    Tous les pays ne disposent pas d’un système d’enregistrement systématique des décès. Il sera donc difficile d’établir le bilan mondial précis de la surmortalité liée à la pandémie, mais selon un modèle élaboré par le journal The Economist, on comptait globalement entre 11 et 20 millions de décès excédentaires au 23 novembre 2021 (The Economist, 2021).

    Parmi les pays ou les territoires pour lesquels des données sont disponibles, 117 sont inclus dans le World Mortality Dataset, une ressource visant à regrouper les données de mortalité mensuelles ou hebdomadaires pour un maximum de pays. Les estimations de surmortalité qui découlent de ces données (Karlinsky et Kobak, 2021) semblent indiquer que l’Amérique latine a été la région la plus touchée par la pandémie ; en effet, ce sont le Pérou, l’Équateur et la Bolivie qui affichent les plus forts niveaux de surmortalité relative.

    On peut comparer les résultats du Québec à ceux d’une sélection de pays présentant différents cas de figure en matière de surmortalité. Alors que la France a connu une première vague comparable à celle du Québec, certains pays ont atteint des niveaux de surmortalité supérieurs, tandis que d'autres, comme la Nouvelle-Zélande, ont enregistré une surmortalité nulle ou négative tout au long de 2020.

    Cette situation a aussi été observée en Australie, en Norvège, en Corée du Sud et au Japon, notamment. À l’été 2020, tous les pays de ce graphique qui avaient connu une forte première vague ont enregistré une surmortalité nulle ou négative. Par la suite, ils ont tous connu une deuxième vague plus forte que celle observée au Québec. Le site Our World in Data, géré par un groupe de recherche de l’Université d’Oxford, permet de visualiser d'autres estimations comparables pour plusieurs pays.

    Bien que l’indicateur de surmortalité relative soit le plus adéquat pour les comparaisons internationales, il importe de mentionner que son résultat peut être influencé par la structure par âge et le niveau de mortalité prépandémique des populations comparées (Islam et coll., 2021). Lorsque plus de données détaillées par âge et sexe seront disponibles, d’autres indicateurs permettront de rendre l’analyse comparative encore plus précise.

    Méthodologie

    La surmortalité, ou excès de mortalité, se définit comme l’écart entre le nombre de décès observé et le nombre attendu normalement. Elle peut être exprimée en termes absolus (nombre de décès excédentaires), ou en termes relatifs (pourcentage d’écart par rapport au nombre attendu).

    Les décès attendus sont estimés d'après le cycle saisonnier des années passées et la tendance prépandémique de l’évolution des décès. Cette tendance permet de tenir compte de l’évolution démographique et plus particulièrement du vieillissement de la population, qui tend à faire augmenter le nombre d’une année à l’autre.

    Les modalités d'application de cette méthode peuvent varier légèrement selon la source, mais toutes les estimations de surmortalité présentées dans cette section sont considérées comme comparables.

    Bibliographie

    DÉSESQUELLES, Aline et coll. (2016). « On ne meurt qu’une fois … mais de combien de causes? », Population & Sociétés, [En ligne], no 534, juin, p. 1-4. [www.ined.fr/fichier/s_rubrique/25432/534.population.societes.2016.causes.deces.fr.pdf].

    INSTITUT NATIONAL DE SANTÉ PUBLIQUE DU QUÉBEC (INSPQ) (2021). Surmortalité et mortalité par COVID-19 au Québec en 2020, [En ligne]. [www.inspq.qc.ca/publications/3143].

    ISLAM, Nazrul et coll. (2021). “Effects of covid-19 pandemic on life expectancy and premature mortality in 2020: time series analysis in 37 countries”, British Medical Journal, [En ligne], novembre, p. 1-14. doi : 10.1136/bmj-2021-066768.

    KARLINSKY, Ariel et Dmitry KOBAK (2021). “Tracking excess mortality across countries during the COVID-19 pandemic with the World Mortality Dataset”, eLife, [En ligne], juin, p. 1-21. doi : 10.7554/eLife.69336.

    KONTIS, Vasilis et coll. (2020). “Magnitude, demographics and dynamics of the effect of the first wave of the COVID-19 pandemic on all-cause mortality in 21 industrialized countries”, Nature Medicine, [En ligne], vol. 26, décembre, p. 1919-1928. doi : 10.1038/s41591-020-1112-0.

    MORIARTY, Tara J. et coll. (2021). « Surmortalité toutes causes confondues pendant l’épidémie de COVID-19 au Canada, La Société royale du Canada, [En ligne], juin, p. 1-59. [rsc-src.ca/sites/default/files/EM%20PB_FR.pdf].

    NATIONAL CENTER FOR HEALTH STATISTICS (2022). “Excess Deaths Associated with COVID-19”, [En ligne]. [www.cdc.gov/nchs/nvss/vsrr/covid19/excess_deaths.htm].

    OFFICE FOR NATIONAL STATISTICS (2020). Comparisons of all-cause mortality between European countries and regions: January to June 2020, [En ligne]. [www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/birthsdeathsandmarriages/deaths/articles/comparisonsofallcausemortalitybetweeneuropeancountriesandregions/januarytojune2020].

    OUR WORLD IN DATA (2022). “Excess mortality: Deaths from all causes compared to projection based on previous years”, [En ligne]. [ourworldindata.org/grapher/excess-mortality-p-scores-projected-baseline].

    STATISTIQUE CANADA (2022). Tableau 13-10-0784-01 : Estimations provisoires hebdomadaires du nombre de décès, du nombre de décès attendus et de surmortalité, [En ligne]. [www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/fr/tv.action?pid=1310078401].

    [1] Un épisode de forte surmortalité a été observé dans l’ouest du Canada de la fin juin au début juillet 2021, en raison d’une canicule exceptionnelle. Si l’on supposait une surmortalité nulle lors des deux semaines touchées par cet événement, la surmortalité cumulée de mars 2020 à août 2021 serait plutôt de 4,4 % dans le reste du Canada (selon les données au 6 décembre 2021).