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Marché du travail dans les MRC – Bilan de l’année 2024

Par Marie-Hélène Provençal et Stéphane Ladouceur
Diffusion
: 23 mars 2026

Le taux de travailleurs reste stable, alors que le revenu d’emploi médian poursuit sa progression

L’analyse qui suit donne un aperçu de la situation du marché du travail dans les 104 municipalités régionales de comté (MRC) du Québec en 2024. Elle est basée sur trois indicateurs élaborés par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) à partir des données fiscales des particuliers de Revenu Québec : le nombre de travailleurs, le taux de travailleurs ainsi que le revenu d’emploi médian des 25-64.

Ralentissement de la croissance du nombre de travailleurs

Au Québec, le nombre de travailleurs et de travailleuses de 25 à 64 ans a augmenté de 1,3 % en 2024 pour atteindre plus de 3 720 500. Cette hausse, plus faible que celle de l’année précédente (+ 2,2 %), intensifie le ralentissement qui a suivi les taux de croissance records enregistrés en 2021 et en 2022.

En 2024, la hausse du nombre de travailleurs au Québec est légèrement moindre chez les femmes (+ 1,1 %) que chez les hommes (+ 1,4 %). Une augmentation est également observée dans tous les groupes d’âge, sauf les 55-64 ans, mais surtout chez les 45-54 ans. Elle se reflète tant du côté des employés (+ 1,4 %) que du côté des travailleurs autonomes (+ 0,3 %), quoique plus faiblement chez ces derniers.

À l’échelle des MRC

Dans 69 des 104 MRC, le nombre de travailleurs s’est accru, mais de façon modérée, voire presque nulle. La plupart, soit 57 d’entre elles, affichent une hausse inférieure à celle enregistrée en 2023. Pour près des deux tiers des 104 MRC, la variation se situe entre – 1 % et + 1 % et la hausse maximale est de 2,4 %.

Les MRC les plus populeuses, comme Montréal et Québec, tendent à figurer parmi celles où le nombre de travailleurs s’est le plus accru. Des hausses relativement importantes sont aussi observées dans des MRC caractérisées par la présence d’un centre régional comme Trois-Rivières, Sept-Rivières, Sherbrooke et Joliette. Ces gains peuvent s’expliquer notamment par la croissance de l’immigration internationale plus concentrée dans plusieurs de ces territoires.

La plupart des 33 MRC où le nombre de travailleurs a reculé sont situées dans des régions éloignées des grands centres. C’est le cas de plusieurs MRC de l’est du Québec, dont La Mitis, dans le Bas-Saint-Laurent, Minganie et Le Golfe-du-Saint-Laurent sur la Côte-Nord, ainsi que la quasi-totalité des MRC de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine. En Abitibi-Témiscamingue, les MRC d’Abitibi-Ouest et de Témiscamingue ont connu une diminution du nombre de travailleurs de plus de 1 %. D’autres MRC, relativement proches de grands centres, comme Rouville en Montérégie et L’Île-d’Orléans dans la Capitale-Nationale, ont vu leur nombre de travailleurs diminuer.

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Organigramme des travailleurs de 25 à 64 ans, ensemble du Québec, 2024

Organigramme

1. Comprend les particuliers qui ont produit une déclaration de revenus, au 31 juillet 2025, pour l’année d’imposition 2024 ainsi que les déclarants retardataires. Les retardataires, soit ceux qui transmettent leur déclaration de revenus après le 31 juillet 2025, sont estimés par l’ISQ à partir d’une méthode d’imputation déterministe.
2. Un particulier est sans emploi s’il est au chômage ou inactif.
Source
Institut de la statistique du Québec, exploitation des données fiscales des particuliers de Revenu Québec.

Version textuelle

L’organigramme présente les effectifs des travailleurs de 25 à 64 ans selon différentes caractéristiques, pour l’ensemble du Québec, en 2024.

Particuliers de 25 à 64 ans : 4 562 600

  • Particuliers sans emploi : 842 090 (18,5 %)
    • Hommes : 392 780 (46,6 %)
    • Femmes : 449 310 (53,4 %)
  • Travailleurs : 3 720 505 (81,5 %)
    • Employés : 3 447 625 (92,7 %)
      • Hommes : 1 774 420 (51,5 %)
      • Femmes : 1 673 205 (48,5 %)
    • Travailleurs autonomes : 272 880 (7,3 %)
      • Hommes : 135 885 (49,8 %); Femmes : 136 995 (50,2 %)
      • Secteur des biens : 29 085 (10,7 %); Secteur des services : 243 800 (89,3 %)

Le taux de travailleurs a peu varié

Dans l’ensemble du Québec, le taux de travailleurs a peu changé en 2024; il est passé de 81,4 % à 81,5 %. Cette stabilité s’observe tant chez les femmes que chez les hommes. En revanche, on note une certaine variabilité selon les groupes d’âge : chez les 25-34 ans (– 0,4 point) et les 35-44 ans (– 0,3 point) il a reculé, alors que chez les 55-64 ans il a augmenté (+ 0,7 point). Cette hausse peut s’expliquer par la diminution de la population de ce groupe d’âge, qui est plus marquée que celle du nombre de travailleurs, mais les variations demeurent plutôt faibles.

Dans les MRC

Dans la majorité des MRC, le taux de travailleurs a faiblement progressé (70 affichent une hausse inférieure ou égale à 1 point de pourcentage). Dans 8 autres, il a fait du surplace et dans 21, il a reculé, mais les baisses ne dépassent pas 1,5 point. Seules 5 MRC, dont 3 situées dans la péninsule gaspésienne, ont vu leur taux de travailleurs augmenter de plus de 1 point de pourcentage.

Dans plusieurs MRC de régions éloignées des grands centres, comme la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay–Lac-Saint-Jean et l’Abitibi-Témiscamingue, le taux de travailleurs a augmenté, non pas parce que davantage de personnes occupent un emploi, mais plutôt parce que la population des 25-64 ans est en baisse. Cette situation est particulièrement prononcée dans l’ensemble des MRC de la péninsule gaspésienne. Le déclin des 25-64 ans dans ces territoires est attribuable, notamment, à l’avancée en âge des générations de baby-boomers, qui quittent actuellement ce groupe en atteignant l’âge de 65 ans et qui comptent pour une bonne part de la population de ces MRC (ISQ 2025).

À l’inverse, le taux de travailleurs s’est replié en 2024 dans certaines MRC dont l’économie repose sur l’exploitation des ressources naturelles, comme Caniapiscau sur la Côte-Nord et Témiscamingue en Abitibi-Témiscamingue, où le taux a reculé d’un point et plus. Dans ces MRC, le taux de travailleurs a diminué, soit parce le nombre de travailleurs s’est accru plus lentement que le nombre de déclarants, soit à cause d’une baisse plus importante du nombre de travailleurs que du nombre de déclarants, ce qui est le cas de Témiscamingue.

Les taux de travailleurs sont plus élevés en périphérie de Montréal et de Québec

Parmi les MRC qui affichent les taux de travailleurs les plus élevés, plusieurs sont situées en périphérie des principaux centres urbains comme Montréal et Québec. Parmi les 26 MRC où le taux de travailleurs est supérieur ou égal à 83 %, 13 se trouvent dans la couronne de Montréal et 9 dans celle de Québec, dont La Jacques-Cartier qui se classe en tête de toutes les MRC. La MRC nord-côtière de Caniapiscau et le territoire nordique de Jamésie font exception en étant les seules à afficher des taux de plus de 83 % parmi les MRC très éloignées d’une zone urbaine ou métropolitaine.

À l’autre bout du spectre, les MRC qui présentent les plus faibles taux de travailleurs se trouvent principalement en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, sur la Côte-Nord, ainsi que dans les parties les plus septentrionales des régions de l’Outaouais, des Laurentides, de Lanaudière et de la Mauricie.

Graphique

La croissance du revenu d’emploi médian demeure forte

Dans l’ensemble du Québec, le revenu d’emploi médian des travailleurs de 25 à 64 ans continue sa progression en 2024 et atteint 59 200 $, soit une hausse, en dollars courants, de 5,5 %. Cette croissance est supérieure à celle de 2023 (3,3 %), sans toutefois atteindre le bond remarquable de 8,6 % enregistré en 2022, année marquée par une inflation exceptionnelle.

Dans 86 des 104 MRC, la progression du revenu d’emploi médian a été plus rapide que celle de l’ensemble du Québec en 2024 et dans une quarantaine d’entre elles, la hausse dépasse 7 %. Les plus fortes augmentations sont observées dans des territoires nord-côtiers; Le Golfe-du-Saint-Laurent en tête avec une hausse de 13,1 %. Dans les MRC de La Minganie, de La Haute-Côte-Nord et de Manicouagan, le revenu d’emploi s’est accru de plus de 9 %. En Montérégie, les MRC du Haut-Saint-Laurent et des Jardins-de-Napierville se distinguent également par une hausse du revenu d’emploi avoisinant les 9 % et 10 %.

D’importantes disparités de revenu entre les MRC

Le revenu d’emploi médian est supérieur à celui de l’ensemble du Québec (59 200 $) dans 34 MRC, dont la majorité sont situées dans les couronnes de Montréal, de Québec et de Gatineau. Certaines MRC de la Côte-Nord et d’Abitibi-Témiscamingue se particularisent aussi par des revenus d’emploi élevés, notamment Caniapiscau qui domine nettement au classement depuis au moins 2002. À l’opposé, toutes les MRC de l’Estrie, de la Mauricie, du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine ont un revenu inférieur à la médiane québécoise. C’est d’ailleurs dans la péninsule gaspésienne que se trouve la MRC ayant le revenu d’emploi médian le plus bas, soit Le Rocher-Percé (43 000 $).

La Côte-Nord se démarque encore par ses contrastes, car la différence de revenu entre la MRC qui présente le revenu le plus élevé, Caniapiscau (110 100 $) et celle où il est le plus bas, Le Golfe-du-Saint-Laurent (43 900 $) est toujours la plus marquée. L’écart s’élève à 66 200 $ en 2024. Il tend toutefois à se réduire; en 2024, le revenu le plus faible représentait 40 % du revenu le plus élevé, comparativement à 24 % en 2002.

Graphique
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Tableaux statistiques détaillés

Nombre de travailleurs

Nombre de travailleurs, 25-64 ans, selon le groupe d’âge

Nombre de travailleurs, 25-64 ans, selon le sexe

Répartition des travailleurs autonomes de 25 à 64 ans selon le secteur de la production des biens et le secteur des services

Travailleurs autonomes et employés de 25 à 64 ans

Taux de travailleurs

Taux de travailleurs de 25 à 64 ans, selon le groupe d’âge

Taux de travailleurs de 25-64 ans, selon le sexe

Revenu d’emploi médian

Revenu d’emploi médian des 25-64 ans, selon le sexe

Revenu d’emploi médian des 25-64 ans, selon le groupe d’âge

Revenu d’emploi moyen des 25-64 ans

Notes méthodologiques

Interprétation des estimations provisoires et révision des données

Les estimations du nombre et du taux de travailleurs ainsi que celles sur le revenu d’emploi sont révisées régulièrement par l’ISQ. Généralement, au moment de la publication des données de l’année la plus récente, les estimations des deux ou trois années précédentes sont révisées. Les estimations de l’année la plus récente sont d’ailleurs sujettes à des révisions de plus grande ampleur, étant donné qu’elles reposent en bonne partie sur des données provisoires. Par conséquent, une certaine prudence est de mise dans l’interprétation de l’évolution récente des principaux indicateurs du marché du travail dans les MRC.

Comparabilité chronologique

Les variations d’une année à l’autre du nombre et du taux de travailleurs ne sont pas toujours influencées que par des changements touchant les conditions du marché du travail. Elles peuvent être aussi affectées par les changements administratifs ou législatifs apportés, occasionnellement, à certains programmes de prestations sociales, soit ceux qui sont considérés pour établir la situation d’emploi des personnes déclarantes. Rappelons que les statistiques sur les travailleurs de 25 à 64 ans sont établies en fonction de certains renseignements tirés des déclarations de revenus des particuliers, dont notamment les montants déclarés au titre de l’assurance-emploi, de l’aide financière de dernier recours et du RQAP. Les changements d’ordre administratif ou légal apportés à ces programmes sociaux, de même que les modifications au formulaire de déclaration de revenus, peuvent avoir une incidence sur la comparabilité chronologique de ces statistiques.

Néanmoins, les données sur le nombre et le taux de travailleurs constituent de bons baromètres pour suivre les principales tendances du marché du travail. À l’échelle du Québec, les estimations annuelles de l’ISQ sur le nombre de travailleurs montrent d’ailleurs des tendances semblables à celles sur le taux d’emploi de l’Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada, bien qu’elles soient produites au moyen de méthodes différentes. Il importe de souligner que les deux indicateurs que sont le nombre d’emplois et le nombre de travailleurs sont en phase avec les cycles économiques. Par exemple, en 2020, dans le contexte de la pandémie de COVID-19, le nombre d’emplois et le nombre de travailleurs pointaient dans la même direction, soit vers une diminution marquée, pour ensuite rebondir au cours des années suivantes, comme l’illustre la figure ci-dessous.

Comparaison entre le nombre d’emplois selon l’EPA et le nombre de travailleurs selon l’ISQ, population de 25 à 64 ans, ensemble du Québec, 2002-2024

Comparaison entre le nombre d’emplois selon l’EPA et le nombre de travailleurs selon l’ISQ, population de 25 à 64 ans, ensemble du Québec, 2002-2024

Sources
Institut de la statistique du Québec, exploitation des données fiscales de Revenu Québec.
Statistique Canada, Enquête sur la population active. Adaptation par l’Institut de la statistique du Québec.

Glossaire >>>

Références

INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC (2025). Estimations de la population des MRC (classées par régions administratives) selon l’âge et le genre, âge médian et âge moyen, Québec, 1er juillet 1996 à 2024, [En ligne], Québec, L’Institut. [Population et structure par âge et genre – Municipalités régionales de comté (MRC)].

INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC (2025). « Statistiques par MRC », Panorama des régions du Québec. Édition 2025, [En ligne], Québec, L’Institut. [Panorama des régions du Québec. Édition 2025 (PDF)].

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